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L'Atelier Lyrique
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Programme présenté le 18 juin 2001: Compositeurs
et Résistance Avec Anne
Marchand, soprano Françoise
Tillard, piano Benjamin
Berlioz, contrebasse Première
Partie : Résistance en France
POULENC-DESNOS Le Disparu
(1947)
POULENC-DESNOS
Dernier Poème (1956)
POULENC-ARAGON
C (1943)
POULENC-ARAGON
Fêtes Galantes (1943) Datée de juillet 1946, Le
Disparu est une valse chantée « style môme Piaf », qui se
révèle vite lugubre. Robert Desnos est mort le 8 juin 1945, des suites de sa
captivité en camp de concentration. Le poème évoque la résistance parisienne
et l’arrestation d’un ami. Desnos
aurait griffonné Dernier poème
au camp de Terezin sur une feuille de papier à cigarette, quelques jours avant
sa mort. Miraculeusement préservé, Poulenc choisit cet autre poème de guerre
10 ans après Le Disparu, alors
qu’il est au milieu de la composition de son opéra Dialogues
des Carmélites. Composé
en mai et septembre 1943, le cycle Deux Poèmes
d’Aragon est créé le 8 décembre de la même année à la salle Gaveau. Écrits
et publiés clandestinement par Aragon au début de l’occupation allemande,
ces deux poèmes sont les seuls de ce poète mis en musique par Poulenc. C dépeint l’exode de mai 1940 et la traversée de la Loire
aux Ponts-de-Cé, près d’Angers. On raconte que le public de la création
bruxelloise en 1944 se leva à l’avant-dernier vers « O ma France, o ma
délaissée ». Fêtes Galantes est, selon les propres mots de Poulenc, « une
musique de mouise pour un temps de mouise ». Il évoque les sombres jours
du Paris de l’Occupation, avec son marché noir et le renversement des
valeurs.
Deuxième partie : Terezin
ULLMANN
Berjoskele (1943) ULLMANN
Ikh bin shoyn a medjd’l in di Jorn (1943) ULLMAN-HÖLDERLIN Wo bist du ? (1942) Terezin, ville fortifiée
à 60 km au nord de Prague, est l’emplacement idéal selon les nazis pour créer
un ghetto juif. Impénétrable, on ne peut pas s’en échapper grâce à ses
remparts et à ses fortifications impériales. Fin
1941, le ghetto devient un camp de transit pour les principaux camps
d’extermination. Le rythme des sorties et des entrées s’intensifie. Conçu
pour abriter 4000 personnes, Terezin doit en accueillir jusqu’à 60 000 ! « Camp
vitrine », il est également destiné à la propagande internationale. On
y tourne le documentaire Der Führer
schenkt den Juden eine Stadt, « le Führer offre une ville aux juifs ». En
fait, il règne à Terezin une atmosphère particulière car les juifs ont le
droit de s’y rassembler. Ainsi, enfermés, affamés, terrorisés, ils trouvent
malgré tout la force de combattre pour préserver leur dignité, en organisant
toutes sortes de manifestations artistiques. Prague
était dans les années 20 et 30 le centre culturel le plus actif en Europe
Centrale. Parmi les artistes qui l’animaient, un grand nombre de juifs se
retrouvèrent à Terezin à partir de 1938. Une telle concentration de
musiciens, compositeurs, chefs d’orchestre, leur permit de créer une vie
musicale florissante, officieusement acceptée par le régime nazi. Viktor
Ullmann en est l’un des animateurs les plus actifs. Compositeur prolifique, il
parvient à écrire 25 œuvres lors de son séjour à Terezin, dont son fameux
opéra Der Kaiser von Atlantis qui ne
sera jamais représenté. Il dirige, joue, donne des conférences, arrange,
organise des concerts, c’est l’homme à tout faire ! « Terezin,
écrit-il, m’a permis d’améliorer mon activité musicale et non pas de
l’appauvrir. Nos efforts et notre respect de l’Art étaient proportionnels
à notre désir de vivre. » Comme
à beaucoup d’autres, Terezin permet à Ullmann de prendre conscience de son
identité juive. Il y compose donc ses premières œuvres en hébreu et en
yiddish. Les
Drei Yiddische Lieder sont inspirés
de poèmes traditionnels très populaires dans la culture yiddish. Berjoskele, le bouleau, dépeint un arbre qui se balance doucement
dans le vent. Le narrateur est un pauvre exilé nostalgique à qui le bouleau
rappelle son pays. Il demande à l’arbre de prier pour lui. Dans
A Meyd’l in di Yorn, une fille
s’adresse à son amoureux et lui demande pourquoi il attend si longtemps pour
l’épouser. Elle n’est déjà plus toute jeune… Ullmann,
soucieux de l’unité entre les mots et la musique, s’inspire également
beaucoup de littérature allemande, en particulier de Hölderlin dont les deux
lieder Wo bist du? et Der Frühling. Avant
de quitter Terezin, prévoyant le pire, Ullmann y laisse ses manuscrits avec des
consignes pour les faire passer de mains en mains. Il est gazé le 17 octobre
1944, peu après son arrivée à Auschwitz. Troisième
partie : Entartete musik / musique dégénérée EISLER-BRECHT
Die Landschaft des Exils EISLER-BRECHT
Hotelzimmer1942 EISLER-BRECHT
Speiserkammer1942 EISLER
I saw many friends EISLER-BRECHT
Diese Stadt hat mich belehrt WEILL-BRECHT Und was bekam des Soldaten Weib (fév1942) (in Zwei Lieder für Kurzwellensendungen nach Deutschland) WEILL-DEVAL
J’attends un navire (1934) (in Marie
Galante)
HANNS EISLER/BRECHT En
mai 1938, un an après l’exposition à Münich consacrée à l’art dégénéré,
« Entartete Kunst », a lieu à Düsseldorf une exposition intitulée
« Entartete Musik ». On
désigne dégénérescence au sens scientifique de déviance et de dégradation
par rapport à la norme. La musique atonale, le jazz et les œuvres des
compositeurs juifs sont donc interdits au profit d’une idéologie culturelle
conservatrice, soumise à des principes racistes. Cette
interdiction de représentation et de travail conduit la plupart des musiciens
concernés à émigrer, provoquant une importante saignée dans la vie musicale
européenne. Beaucoup d’artistes fêtés en Europe tombent dans l’oubli.
D’autres, comme Kurt Weill ou Hanns Eisler, arrivent à émerger et à
enrichir plus ou moins facilement la vie culturelle de leur pays d’adoption. Entre
1933 et 1945, Los Angeles abrite la diaspora culturelle la plus importante de ce
siècle. Chacun pense pouvoir tenter sa chance à Hollywood. Mais c’est sans
compter les différences culturelles. Cette usine à rêve n’a pas les mêmes
critères de réussite et de valeur. Certains arrivent à s’adapter et à
trouver du travail dans les studios. D’autres vivent constamment au bord du
gouffre. Pour eux, le paradis américain devient un enfer. Brecht débarque à Los
Angeles en juillet 41. Alors qu’il cherche du travail, il note que la vie ne
lui a jamais paru aussi dure que dans « cette vitrine de l’easy going »,
cette vitrine de la vie facile. Hanns
Eisler arrive en avril 42. Il veut se rapprocher de son ami et de son vieux
professeur, Schönberg. Au lieu de se mettre à la recherche d’un emploi, il
commence à travailler sur le Hollywooder
Liederbuch. Ce cycle est écrit sur des textes de Brecht remaniés et adaptés
à la sauce américaine. Contrairement à son titre, il concerne surtout la
patrie abandonnée, la solitude de l’exilé. Eisler se sent exclu, isolé. Il
éprouve le besoin de revenir à l’intimité du lied, les racines de sa
culture. Il rejette l’idée d’une industrie au service du divertissement, et
veut s’exprimer au nom de l’individu et de l’intériorité. Le Hollywooder
Liederbuch est achevé en 1943. En février 1948, malgré l’intervention
publique de Thomas Mann, Albert Einstein, Igor Stravinsky et Charlie Chaplin,
Eisler doit comparaître devant la commission permanente d’enquête de Mac
Carthy. Il quitte les Etats-Unis pour Berlin-Est dont il devient le compositeur
officiel. KURT
WEILL/BRECHT
Le 21 mars 1933, Weill
quitte définitivement Berlin avec sa femme Lotte Lenya. Il veut tenter sa
chance à Paris où son nom commence à circuler. Son succès relatif le pousse
à répondre à l’appel lancé en 1935 par l’autrichien Max Reinhardt. Il
choisit finalement l’exil définitif aux Etats-Unis. C’est là qu’il retrouve
Brecht auquel il emprunte en 1943 le texte Und was bekam des Soldaten Weib ?, pour enregistrer deux pièces
radiophoniques destinées à la propagande anti-nazie, à la demande des autorités
américaines. Ce
texte, mis en musique comme une marche funèbre par Weill, donne la liste des
souvenirs que le soldat allemand envoie à sa femme au fur et à mesure des
victoires nazies. De Prague, des talons hauts, d’Olso, un col de fourrure,
d’Amsterdam, un chapeau, de Bruxelles, de la dentelle, de Paris, une robe en
soie, de Bucarest, une chemise, et pour finir de Russie, un voile de veuve. De
son passage à Paris, il laisse en 1934 sept « songs » insérées
dans Marie Galante de Jacques Deval. « J’attends
un navire » connaît un sort inattendu. Cette mélodie, chantée par une
prostituée de Panama qui désire se rendre à Paris, sera librement adaptée
aux besoins de la résistance française. Elle exprime alors l’espoir des
Français qui attendent la venue des navires des forces alliées de libération. Richard
Dubugnon compose Les Messages Personnels
en 1994 pour célébrer le cinquantième anniversaire du Débarquement en
Normandie. Commande du Festival d’Orbec en Normandie, cette pièce comprend
une soprano, une contrebasse et un piano. L’action
se déroule dans un cabaret en Normandie. Une chanteuse entend le message
secret « Les sanglots longs des violons ». Elle devine que les alliés vont
débarquer… Après avoir étudié l’Histoire à Montpellier, Richard se consacre à la contrebasse et à l’écriture. Au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, il obtient un Premier Prix en Contrepoint, en Contrebasse et un Second Prix de Fugue. En 1997, il se perfectionne en composition à la Royal Academy of Music de Londres avec Paul Patterson où il obtient un DipRAM et un Master de composition. Ses
prix et récompenses incluent un Prix de la Fondation de France 1995, une
bourse de la SACEM et une bourse Lavoisier 1995-1997, un Prix de la Fondation
Nadia et Lili Boulanger 1996 et les Prix Edwin Samuel Dove et Mosco Carner de
la Royal Academy of Music 1997. Il est nommé “Composition Fellow” de la
Royal Academy pour l’année 1998-1999. En avril 1997, il obtient un Second
Prix au Concours des jeunes compositeurs de l’Orchestre de chambre de
Lausanne pour son ballet Horrificques op.13 que l’OCL, dirigé par Jesus
Lopez-Cobos, reprend à deux reprises et diffuse sur la Radio Suisse Romande. Ses
œuvres ont été jouées dans des festivals tels que Ravinia Festival
(Chicago), Huddersfield Festival, Exeter Festival (G.B.), Wellington Festival
(Nlle Zélande), ainsi que sur la Radio Suisse Romande, BBC Radio3 et Radio
France. Il
enseigne actuellement la composition à la Purcell School de Londres depuis
1997. Certaines de ses compositions sont publiées par Alfred Lengnick Music
Publishers Ltd (Londres) et Gérard Billaudot (Paris).
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